. Abbaye Saint-Martin du Canigou
le choeur de l'abbaye est constitué de deux églises superposées : l'église inférieure, dédiée à sainte Marie, et l'église supérieure, dédiée à saint Martin.
L'église inférieure est majoritairement souterraine, et sa hauteur sous voûte n'excède guère 3 mètres. La partie orientale (absides et travée attenante) remonte vraisemblablement à la consécration de 1009, tandis que le reste de l'édifice date des années 1010-1020, en accord avec les travaux menés après l'acquisition des reliques de saint Gaudérique et la nouvelle consécration de l'église.
L'église supérieure est elle le résultat d'une seule campagne de construction, à savoir celle menée dans les années 1010-1020 (en même temps que l'agrandissement de l'église inférieure). Sa construction a nécessité le renforcement des colonnes de l'église inférieure, qui furent englobées dans des piles carrées. Comme l'église inférieure, l'église Saint-Martin est composée de trois nefs, séparées par des colonnes monolithes et voûtées en berceau en plein cintre (sauf entre la troisième et la quatrième travée, où la paire de support est de forme cruciforme et soutient un arc doubleau). Plus tardivement, on a adjoint à cette église une petite chapelle afin d'y placer les reliques de saint Gaudérique : cela a résulté dans la création d'une quatrième abside au chevet de l'église.
La tour-porche ne fait plus que 19 mètres, après sa destruction partielle en 1428. Elle ne fut en effet jamais rétablie totalement. Le crénelage date de la reconstruction.
Le reste des bâtiments conventuels date du début du XXe siècle : il ne restait pratiquement plus rien des anciens locaux. Les restaurations des années 1900-1920 furent assez libres dans le cloître, dont il est difficile d'imaginer l'aspect original.Il comportait deux niveaux, construits pour le premier au tout début du XIe siècle et pour le deuxième à la fin du XIIe siècle. Le niveau inférieur, qui présentait des galeries voûtées et des arcades en plein cintre dénudées de tout décor, n'a conservé que trois galeries qui ont été fortement restaurées, leur faisant perdre leur caractère d'origine. Le niveau supérieur, couvert en appentis, possédait des chapiteaux de marbre, qui furent éparpillés après la fermeture du monastère à la Révolution. La restauration a permis d'en récupérer certains, qui furent intégrés dans la nouvelle galerie méridionale. Cette galerie est en effet pure fantaisie, car l'aile méridionale des bâtiments conventuels avait totalement disparue et sa reconstruction était invraisemblable : d'où l'établissement de cette galerie sud, ouvrant sur le précipice, et réutilisant des chapiteaux tant de l'ancien étage supérieur (en marbre blanc, vers 1170) que d'autres leur étant postérieurs (marbre rose, courant XIIIe siècle).
C'est à l'instigation du comte de Cerdagne Guifred II que le monastère fut établi. Les premières mentions datent de 997, date à laquelle le chantier a probablement commencé. De nombreuses donations au cours des années suivantes montrent bien que le chantier fut mené de manière très régulière.Le 14 juillet 1007,le couple comtal effectuent un don accompagné d'une clause précise : "Afin qu'en ce même lieu soit édifié en l'honneur de notre Seigneur Jésus Christ, qu'il lui soit attaché des moines militant sous la règle du bienheureux père Benoit et que, suivant la volonté et le privilège du pontife romain et de l'évêque d'Elne et selon l'institution du roi des Francs, on y serve désormais le Dieu tout-puissant à perpétuité." Le comte édifia donc en accord avec ceux de St Michel de Cuxa une nouvelle fondation monastique sur ce lieu nommé St Martin. L'église est consacrée le 10 novembre 1009 par Oliba, évêque d'Elne (son frère était abbé de Saint-Michel de Cuxa). Elle sera dédiée à Marie et aux saints Martin et Michel. Quelques années plus tard, l'église se dote des reliques de saint Gaudérique. L'abbatiale est alors agrandie et re-consacrée (l'année exacte n'est pas connue avec exactitude : soit 1014, soit 1026). Le comte Guifred II se retira à l'abbaye vers la fin de sa vie : il y mourut en 1049.
L'abbaye commença alors rapidement à décliner : dès le XIIe siècle, elle est rattachée à l'abbaye de Lagrasse, dans l'Aude. Cela fut la cause d'un conflit qui se régla finalement par un arbitrage du pape. Mais l'abbaye sombrait irrémédiablement dans la décadence. Le terrible tremblement de terre de 1428, qui fit tant de dégâts en Catalogne, ébranla sérieusement le monastère : de nombreux bâtiments furent détruits, le clocher fut écrêté, mais l'église résista tant bien que mal. Les travaux de reconstruction furent très longs en raison du manque de moyens suffisants, malgré la mobilisation de l'épiscopat d'Elne.En 1506 l'abbaye est placée sous commende et finit par être sécularisée en 1782 par Louis XVI. Lors de la Terreur, l'abbaye fut fermée après expulsion des derniers religieux, et tous ses biens furent éparpillés. Les bâtiments se transformèrent alors en carrière de pierre pour les habitants des environs, les chapiteaux du cloître furent pillés, de même que les sculptures et le mobilier. Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que l'abbaye reprenne vie. L'évêque de Perpignan alors en fonction, monseigneur de Carsalade du Pont, entreprit la reconstruction du monastère, dont il ne restait plus grand chose, si ce n'est le clocher, l'église (dont une partie de la voûte s'était effondrée), et trois galeries du cloître inférieur. De 1952 à 1983, dom Bernard de Chabannes achève la restauration de l'abbaye et y rétablit la vie spirituelle.
Bibliographie :
DURLIAT, Marcel, Roussillon roman, Zodiaque, 1986.