Trèves
Sous le règne de l'Empereur Constantin et de ses successeurs, les évêques devinrent des conseillers, et prirent de plus en plus d'importance. Ils avaient le droit de voyager avec la poste impériale. C'est pourquoi Martin, après sa consécration en 371, et jusque vers 386, se rendit plusieurs fois à Trèves.
Lors d'une de ses visites, il libéra le domestique du proconsul païen Tetradius de ses démons. Comme le possédé ne voulait pas sortir de la maison et que Martin ne pouvait pas entrer dans la maison d'un païen, Tetradius promit de se faire baptiser si son domestique guérissait. Martin entra donc dans la maison et chassa les mauvais esprits.
Trèves est le lieu de la célèbre scène du dîner avec l'empereur Maxime, vers 385-387. Refusant de se plier à l'étiquette impériale, l'évêque de Tours exigea de manger assis et non sur le lit de table et, rompant avec tous les usages, c'est à son compagnon (un prêtre) et non à l'empereur qu'il tendit la coupe « jugeant sans doute, selon le texte de Sulpice Sévère, que nul n'était plus digne de boire le premier après lui, et qu'il aliènerait sa liberté s'il faisait passer avant le prêtre, soit le souverain en personne, soit les personnages les plus proches du souverain ». L'empereur et tous les assistants furent si frappés de ce geste qu'ils approuvèrent même cet acte de dédain à leur égard. Et l'on répéta bientôt avec une vive admiration par tout le palais que Martin avait fait au souper impérial ce que « pas un évêque n'avait fait dans les repas donnés par les plus modestes magistrats ».
Il y revint ensuite accompagné d'Ambrosius, évêque de Milan, pour empêcher la condamnation à mort de l'évêque Priszillian, accusé par les évêques chrétiens d'hérésie (c'est-à-dire d'avoir des idées divergentes). Martin voulait convaincre l'empereur Maximus que le bannissement était la meilleure punition pour avoir prêché une religion erronée. Mais, après son départ, la sentence fut quand même appliquée, Priszillian et ses adeptes furent exécutés en place publique. L'Empereur ayant interdit la ville à Martin, il y revint de nuit et se rendit à la Cathédrale pour prier toute la nuit. Le lendemain, il rendit visite à Maximus, qui lui demanda de rejoindre les évêques qui avaient demandé l'exécution de Priszillian et de célébrer l'office avec eux, sous la menace de faire exécuter les adeptes de Priszillian. Martin, la mort dans l'âme, préféra donc accepter. Le lendemain, il participa à la réunion des évêques, puis il quitta Trèves, où il ne revint jamais. A partir de ce moment, Martin ne guérit plus autant de malades et resta toujours éloigné des colloques d'évêques.
Sulpice Sévère raconte que Martin, ayant quitté Trèves après sa démarche auprès de l'empereur, connut une des heures les plus pénibles de son existence. Déçu et trompé, il revint vers Lutèce et Tours, profondément troublé, inquiet même de ce qu'il avait cru devoir faire à Trèves pour le bien de la paix. Très déprimé, il s'arrêta un moment aux environs de Luxembourg, à Niederanven, le long de la voie romaine, entre Trèves et Luxembourg, où un ange l'aurait consolé. Un monument nous le rappelle : une statue de l'évêque de Tours, abritée sous un dôme soutenue par des colonnettes de pierre, avec cette inscription : MARTINUS AFFLICTUS, ANGELI LAETA CONSOLATIONE, ERECTUS, CONSOLETUR AFFLITOS (Daigne Martin, réconforté par l'ange, consoler à son tour les affligés).
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